David Samson (Marine nationale) : « Dans la Marine, le bac suffit pour devenir pilote de Rafale ! » | Forbes France

Depuis quelques jours, la Marine nationale a lancé une grande campagne de communication afin de recruter 4000 personnes pouvant exercer une cinquantaine de métiers différents. Nous avons rencontré le « DRH » de l’opération , le capitaine de Vaisseau David Samson, afin qu’il nous décrive cette « entreprise » un peu particulière dans laquelle elle fait une brillante carrière.

Pourquoi lancer une campagne de communication d’une telle ampleur pour recruter 4000 personnes ? La Marine nationale a-t-elle du mal à attirer du personnel compétent ?

David Samson : Chaque année, la Marine nationale recrute 4.000 jeunes français, hommes et femmes, quels que soient leurs profils, quelle que soit leur origine. Nous faisons plus ou moins nos chiffres de recrutement car nous avons une grande notoriété en tant qu’institution. La difficulté, c’est notre notoriété en tant qu’employeur. Nous devons donc augmenter notre visibilité pour élargir nos viviers de recrutement. L’objet de cette campagne, c’est justement de faire découvrir la diversité et l’accessibilité de nos cinquante métiers à tous ceux qui n’identifient pas spontanément la Marine comme un employeur potentiel. Car, du cuisinier au fusilier marin, de l’électricien au pilote d’hélicoptère, ou du technicien cyber au logisticien, la gamme des emplois possibles est très large. 

La Marine ne cherche-t-elle pas en fait à recruter des profils de plus en plus pointus ? 

D. S. : Notre Défense se modernise et il est vrai que nous recrutons notamment dans des métiers de pointe comme la sécurité informatique, le nucléaire ou la maintenance aéronautique. Nous parvenons à trouver des candidats mais pas toujours à atteindre les objectifs que nous souhaitons. Ce sont des domaines pour lesquels il y a une certaine tension sur le marché du travail. Nous devons donc être capable de montrer aux futurs candidats ce que nous pouvons leur apporter en termes d’opportunités de métiers, de formation et d’évolution. Par ailleurs, le recrutement est aujourd’hui plus qualitatif et la sélection plus rigoureuse, avec par exemple des évaluations psychologiques pour connaître la maturité des candidats et des tests cognitifs afin de déterminer leur potentiel. 

Quels sont les atouts de la Marine face aux grandes entreprises qui cherchent aussi à recruter des profils hautement qualifiés comme des experts en cyber sécurité par exemple ?

D. S. : D’abord, nos métiers sont valorisants et porteurs de sens. Ils s’exercent sur le lieu de travail le plus vaste du monde, les océans. Ensuite, il y a la qualité de nos formations et les opportunités d’évolution au cours de la carrière. Un exemple, tous les ans nous proposons des formations de pilote à cinquante hommes et femmes qui ont juste le BAC. Dans la Marine, le BAC cela suffit pour devenir pilote de Rafale, avec certes beaucoup de motivation et beaucoup de courage. Vous évoquez la concurrence dans le domaine de la cyber sécurité, clé pour notre Défense. Pour le convaincre, nous allons montrer à un jeune candidat qu’il sera quotidiennement mis en situation avec des technologies de pointe, de l’archipel des Tuamotu au Cercle Polaire Arctique. Nous sommes compétitifs. Ceux qui ont pu découvrir l’intérieur du tout nouveau Suffren, le premier sous-marin de la classe des Barracuda, ont été impressionnés par la sophistication des équipements. 

Les profils de marin sont très recherchés, autant pour leur savoir-faire technique très pointu que pour leur savoir-être

Sur le plan de la rémunération, vous serez toujours moins attractif que le secteur privé. Existe-t-il des revalorisations salariales au mérite ?

D. S. : Nous sommes moins connus mais tout aussi compétitifs. La solde d’un matelot est de 1200 euros environ, mais si l’on ajoute les primes d’embarquement et de navigation elle peut grimper au-delà de 1800 euros, et peut atteindre 3500 euros au bout de vingt ans de carrière. Chez les officiers, la solde qui est de 2200 euros en début de carrière peut atteindre 5000 euros au bout de vingt ans. Mais surtout, chaque marin peut changer de catégorie d’emploi pendant sa carrière : d’opérateur à chef d’équipe, d’agent de maitrise à cadre officier. Près de la moitié d’entre eux le font et changent de catégorie au cours de leur passage dans la Marine. La promotion interne est à la portée de tous, il n’y a aucun déterminisme social dans la Marine. 

Vous mettez en avant la formation. En quoi est-elle plus intéressante au sein de la Marine nationale qu’ailleurs ?

D. S. : C’est un point très important car nous formons 100% des jeunes gens qui nous rejoignent. Quel que soit leur niveau académique, ils bénéficient d’une première formation militaire et maritime puis d’une formation métier qui peut durer de quelques semaines à plusieurs mois, en fonction des domaines professionnels. Un marin effectue ainsi en moyenne vingt-trois jours de formation par an, ce qui lui permet de gagner en expertise et en compétence. Là encore, nous nous sommes adaptés puisque ces dernières années nous avons développé des cursus de formation innovants, avec du e-learning, de la réalité augmentée ou encore de la téléformation.

 

 Être passé par la Marine nationale, est-ce que cela pèse dans un CV quand on revient sur le marché du travail « classique » ?

D. S. : Oui, être passé par la Marine est une véritable garantie d’employabilité pour une deuxième carrière dans le civil. Les profils de marin sont très recherchés, autant pour leur savoir-faire technique très pointu que pour leur savoir-être. Leurs capacités d’adptation, de gestion de crise et de travail en équipe en font des candidats à haute valeur ajoutée. Plus de 90% des marins trouvent un emploi dans les 12 mois qui suivent leur fin d’engagement. 

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